thumbnail[6]En passant sa commande ou plutôt sa feuille de route pour l’élection présidentielle de 2007, le Medef avait baptisé son programme « Besoin d’air », madame Parisot expliquant que les entreprises « avaient besoin de respirer ».


Pour l’élection de 2012, vingt-quatre heures avant la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy, il a rebaptisé son programme « Besoin d’aire », avec un « e ». Subtil non ? Les communicants qui entourent la présidente du Medef ont sacrément dû se creuser la tête et se mettre le cerveau à l’envers pour trouver une idée comme ça. En oubliant peut-être, pour rester dans la note subtile, que si l’aire est un lieu où l’on bat le blé, c’est aussi celui où nichent les rapaces.

C’est mauvais, d’accord. « Besoin d’aire », a donc expliqué madame Parisot, au cas où on aurait un peu de mal à comprendre, « parce que les entreprises ont besoin de nouveaux horizons, de nouvelles frontières, besoin de conquérir ». Bref. Il y a des moments où l’hilarité le dispute à la consternation.

Sur le fond, et là ça ne fait plus rire, la présidente du Medef avait promis des surprises. Désolé. C’est raté, sauf à considérer comme une surprise le fait que le programme du Medef est le même, en tous points, que celui esquissé il y a une dizaine de jours à la télévision par Nicolas Sarkozy et conforme aux grands axes de la politique mise en œuvre en France comme en Europe par le couple Sarkozy-Merkel.

C’est du copié-collé. Le Medef trace la voie. À croire que tout ce monde-là a travaillé en cordée, le patronat en étant toutefois l’éclaireur et le chef. Qu’on en juge.

Sur l’Europe, la « top priorité », le Medef veut une gouvernance économique et « l’adoption rapide d’une règle d’or ». Pour redresser les finances, la réduction des dépenses plutôt que la hausse des prélèvements. Le reste est à l’avenant. Non-remplacement de deux fonctionnaires sur trois dans la fonction publique d’État, un sur deux dans les collectivités locales. Dans les entreprises, une baisse des cotisations salariés compensée par la hausse de la CSG et une baisse des cotisations employeurs compensée par une augmentation de la TVA que le document ne se donne même pas la peine d’appeler « sociale ».

On peut allonger la liste : « management » pour l’hôpital et l’éducation nationale, « règle d’or » pour l’assurance maladie, durcissement de l’indemnisation du chômage placée sous conditions, accord collectif et contrat pour la durée du travail…

Enfin, on citera cette lecture anticipatrice de ce que Nicolas Sarkozy a mis sous le terme de compétitivité, emploi : « Il convient de revoir la définition du licenciement économique pour qu’elle englobe l’amélioration de la compétitivité. Car autoriser ces licenciements uniquement en cas de difficulté pour maintenir la compétitivité est insuffisant. » En clair on peut licencier sans autre forme de procès en tous temps et en tous lieux.

Il ne faut pas s’y tromper. C’est une offensive d’une ampleur inégalée contre le monde du travail et Nicolas Sarkozy est bien le candidat du Medef, quitte à jouer pour cela et avec le plus froid cynisme et la démagogie d’extrême droite sur les chômeurs, les immigrés. Au fond, le titre du programme est parfaitement explicite. Il s’agit d’éradiquer tout ce qui peut faire obstacle à la marchandisation de l’économie et de la vie sociale. C’est cette politique qui nous a menés dans la situation où nous sommes, à la merci des marchés financiers. Le Medef et son candidat veulent l’amplifier. Jeu de mots ou pas, c’est bien un pacte des rapaces.